Discours de Madame Huguette BELLO, Députée-Maire de Saint-Paul, lors du baptême du Ti train des plages « Rosalie », le 6 janvier 2010.
"Nous sommes aujourd'hui réunis pour le baptême de Rosalie, descendante des Billard, plus exactement des autorails Billard.
ROSALIE a en effet été conçue sur le modèle de ces autorails qui ont transporté les Réunionnais à l'époque du chemin de fer.
ROSALIE est donc un rappel du patrimoine historique de notre île, du « petit train » qui a accompli, pendant quatre-vingts ans, de bons et loyaux services.
Rosalie nous rappelle en effet le ti train... le ti train lontan qui, comme l'a écrit Jules Joron et chanté le Groupe Ousanousava « li té y marche doucement ; mais quand même ça li té content »... et donc l'histoire ferroviaire de notre pays qui a commencé en 1858, date à laquelle est lancée l'idée d'un chemin de fer à l'île de la Réunion. C'est l'époque du développement de la canne à sucre, et pour assurer son essor économique l'île doit se doter de moyens de transports modernes et rapides.
Pour l'histoire il faut noter, que c'est le 20 juin 1870 que la première locomotive de l'île fait ses essais à Saint-Pierre. C'est Monsieur de Kervéguen, propriétaire d'un immense domaine foncier et industriel qui imagine tout un réseau de chemins traversant ses immenses étendues sucrières. C'est donc à cette date que la première locomotive à vapeur est le tout premier engin motorisé à parcourir une route de Bourbon. Elle est mise en route dans la cour de l'usine des Casernes, effectue quelques ronds de piste puis, à la vitesse effarante de 4 kilomètres/heure, descend les étroites ruelles saint-pierroises jusque vers Ravine-Blanche où elle emprunte la route de Saint-Louis. Il n'avait fallu que 4 heures à l'étrange convoi pour aller des Casernes à la Rivière Saint-Louis. Ces essais concluants serviront d'exemple puisqu'un ingénieur, M. Miot, s'en inspira pour mettre en service un lot de locomotives routières en septembre 1871. Un service public qui ne durera pas.
Il fallut attendre toutefois 1878 pour que commence le grand chantier réalisé par des ouvriers créoles et des engagés sous l'égide de la compagnie du chemin de fer et du port de la Réunion (CPR). L'entreprise ferroviaire est gigantesque, 126 kilomètres qui nécessitent la construction d'une cinquantaine de ponts, grands ou petits, auxquels ont participé les ateliers de l'ingénieur constructeur Gustave Eiffel, concepteur de ponts portatifs démontables expédiés en pièces détachées avec notice de montage. Il faut également creuser des tunnels, dont trois entre Saint-Denis et la Possession, pour lesquels il a été fait appel à des Italiens du Piémont. Les premières lignes sont inaugurées en 1882. Ce moyen de transport révolutionnaire chevauche alors les ravines avec ses ponts et traverse les montagnes avec ses tunnels de Saint-Benoît à Saint-Pierre.
Avec le 20e siècle et l'apparition de la voiture automobile se dessine une nouvelle révolution des transports. Alors que l'autorail fait pratiquement le tour de l'île, la voiture et le camion progressivement remplace l'autorail et la charrette boeuf. C'est en 1963 qu'a pris fin le trafic de passagers. L'histoire du chemin de fer réunionnais s'est terminée en 1976 avec la suppression du service de secours ferroviaire entre Le Port et Saint Denis et l'ouverture de la nouvelle route littorale.
Nous pensions qu'un point final avait été mis et que plus jamais les Réunionnais ne connaîtraient de transport ferroviaire mais l'histoire parfois se répète et le projet de tram train le prouve. Mais revenons à Rosalie et à Saint-Paul !
La mise en service de Rosalie sur la zone balnéaire, qui constitue le premier site de détente et de loisirs des Réunionnais et accueille plus de 10 000 personnes supplémentaires le week-end ou pendant les vacances scolaires, répond à deux objectifs :
- Un objectif écologique, qui est de faciliter l'accès aux plages sans recourir à la voiture et de redonner ainsi de l'oxygène à ces espaces exceptionnels car vous le savez, j'ai placé l'amélioration du cadre de vie et son corollaire, le développement durable, au coeur de ma politique. Des solutions alternatives au transport individuel doivent être offertes, Rosalie en est une, modeste certes mais nécessaire.
- L'autre objectif est l'animation de la station balnéaire afin d'offrir aux enfants et aux parents, aux touristes un produit ludique, imprimant une note d'ambiance résolument créole à Saint Gilles.
C'est dans cette perspective que nous avons décidé de fixer le prix du billet à 1 Euro aller-retour, afin de le rendre accessible au plus grand nombre et que les Réunionnais s'approprient véritablement cet outil.
Je ne voudrais pas terminer ce discours sans citer un extrait de la chanson de Jules Joron intitulée Rosalie : « La coupe l'a fini nous na point l'argent N'aura point la liqueur po nous passe jour d' l'an Quand même la misère nous l'est content ça Content oir Rosalie danse maloya » En tant que Marraine et avec le concours de son parrain Mr Chotard, je baptise donc ROSALIE et avec elle un moment d'histoire reprend vie... celle du ti train longtemps. Je souhaite une vie longue et heureuse à Rosalie."