Allocution de Mme Huguette BELLO, Députée-Maire de Saint-Paul, le 19 décembre 2009 à Villèle.
"Mesdames, Messieurs,
C'est avec beaucoup de plaisir que j'inaugure aujourd'hui cet espace et ce site que nous élèverons volontiers au rang d'équipement à vocations culturelles, artistiques et sportives.
Cette inauguration a lieu en même temps que la commémoration de l'abolition de l'esclave dans notre île.
Une coïncidence ?
Pas vraiment quand on sait que le Moringue et l'esclavage ont été étroitement associés.
Cette forme d'expression était au 18è siècle, un moyen pour les esclaves des grandes plantations de sucre et de café, d'exprimer leurs douleurs, de dire leur peur et parfois de partager leur joie.
Bref à l'époque où sévissait le « Code Noir », cette forme d'expression représentait une clé vers une forme de liberté spirituelle.
Et quand l'heure de l'abolition a sonné, la tradition de cette danse guerrière a perduré un certain temps.
Ainsi les nouveaux affranchis, notamment ceux qui travaillaient dans la canne et le sucre, ont maintenu vivace le moring, ont continué d'extérioriser leurs sentiments dans des exercices s'apparentant à des combats rituels. Il faut entendre, pour l'imaginer vraiment, nos anciens raconter tout ce que le moring recouvrait de significations.
Et puis, le moring s'est fait plus rare dans l'espace public pour finir par sombrer presque totalement au milieu du siècle dernier.
Jusqu'au début des années 1980, lorsqu'un ancien champion de boxe française, Jean-René Dreinaza, s'est battu contre vents et marées pour redonner de nouvelles couleurs à cet art de combat d'antan.
Une bataille remportée haut la main en 1996, lorsque le moring a été reconnu discipline sportive à part entière par le Ministère de la Jeunesse et des Sports.
Aujourd'hui, cette expression, qui se veut à la fois danse acrobatique et technique de combat efficace, compte un millier de licenciés.
Elle reprend vie grâce aux nombreuses associations au rang desquelles figurent quatre structures saint-pauloises.
Au nom de la municipalité, je remercie tous ceux qui oeuvrent pour que le moring « i sort dann fénoir ».
Je remercie tout particulièrement l'association « Batay Coq » et son dynamique président M. ATCHAMA, qui, sur ce quartier de Villèle, a repris le flambeau.
Cette structure, faut-il le rappeler, est à l'origine de la création de la première école de Moringue de l'île en 1994.
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes fiers à la mairie de Saint-Paul de contribuer à ce renouveau du moring.
Nous sommes fiers de mettre à la disposition des associations, cette salle qui se veut un trait d'union entre le passé que nous ne devons pas occulter, et l'avenir que nous souhaitons résolument ouvert.
Pour que le « zoué moring » reste un instant privilégié, un moment d'exception, autant pour les combattants que pour les spectateurs.
Et à moments d'exception, espace d'exception.
C'est bien la raison pour laquelle nous avons favorisé la construction de cet équipement qui devrait répondre aux attentes des pratiquants de cet art ancestral spectaculaire, tant par sa mise en scène que par ses enchaînements techniques.
Grâce à sa conception, le moringodrome, permettra aux moringueurs d'effectuer plus aisément : Des Kaskou sans tous. (pour les novices, précisons qu'il s'agit de sauts périlleux terminés par un double coup de talon) Des Talon Zirondel (coup de pied circulaire lancé haut en appui sur une main au sol. Des Kou d'pié ciseau : (Ciseau frontal sauté).
Ou encore : Des Tèt cink mèt : coup de pied porté comme une charge de bélier. Des Zambek : croc en jambe.
L'infrastructure accueillera aussi d'autres formes d'expressions dont la pratique du maloya.
Mais aussi la croche, cette forme de lutte physique qui reprend corps.
Mesdames, Messieurs Vous le voyez, nous voulons un équipement ambitieux pour renouer avec un élément important de notre culture. Pour renouer avec le moring et le faire vivre.
Longue vie au moring !
Bonne fête du 20 décembre à tous.
Je vous remercie de votre attention."