
« La dénomination « Saint-Paul Habitation des Français » est mentionnée pour la première fois sur une carte de l'île Bourbon attribuée au chevalier Etienne de Flacourt, naturaliste de formation, choisi par la Compagnie des Indes Orientales comme commandant, au nom de Sa Majesté le roi de France, en l'île de Madagascar et les îles adjacentes de 1649 à 1654. Elle figure dans un livre rédigé par Flacourt entre 1654 et 1658, intitulé : Histoire de la Grande Isle de Madagascar, 1ère édition en 1658 à Paris chez l'imprimeur François Clouzier.
Flacourt a dessiné, ou a fait dessiner, cette carte à partir des récits que lui rapportent 12 contractuels de la Compagnie travaillant au Fort-Dauphin (Madagascar) depuis 1643. Ces 12 hommes s'étant soulevés contre leur chef, Jacques de Pronis, prédécesseur de Flacourt, avaient été condamnés à l'exil en l'île Mascarenhas. Ils y sont amenés et abandonnés vers la fin de l'année 1646 sur la côte est. De là ils feront le tour complet de l'île pendant les deux années suivantes. Par ordre de Flacourt, les 12 mutins sont ramenés au Fort-Dauphin en septembre 1649, en parfaite santé ce qui a semblé surprenant après presque trois années d'isolement à Bourbon. Quelques temps plus tard, Flacourt est à son tour confronté au Fort-Dauphin à des problèmes de comportements délictueux de la part de certains colons avec à leur tête un personnage haut en couleur, Antoine Couillard. Comme cela avait été le cas pour les 12 mutins de 1646, Couillard, 7 autres Français et 6 Malgaches sont conduits à Bourbon par le navire L'Ours en septembre 1654. Le bateau les dépose dans l'endroit que Flacourt appelle « Saint-Paul Habitation des Français » où ils séjourneront jusqu'en juin 1658. Une « habitation » étant dans le vocabulaire de l'époque une zone mise en cultures, c'est en fait une simple exploitation agricole que désigne ainsi le commandant. Mais pourquoi Saint-Paul ? Pour la plupart des historiens, ce nom aurait été donné, dès 1642, par Jacques de Pronis en route pour Madagascar ou venant de Madagascar, qui effectue alors une deuxième prise de possession de l'île de Mascarenhas, après celle de Salomon Goubert de la Compagnie Particulière de Navigation en 1639. Pronis ayant débarqué le 29 juin 1642 au lieu dit « La Possession du Roy », se serait rendu dans la baie du meilleur ancrage le lendemain 30 juin, jour consacré autrefois à la commémoration de l'apôtre Paul de Tarse selon le calendrier liturgique chrétien. »
Extrait de l'oeuvre de Bernard Marek « Saint-Paul de La Réunion »